Comprendre est-il nécessaire ?

Aujourd’hui, j’ai commencé à lire autour des concepts/méthodes d’archéologie et de généalogie chez Foucault. Je sors de cette lecture avec comme impression prédominante de ne rien comprendre…  Dans un premier temps, c’est un schéma qui me semble le mieux dire ce que j’appréhende, avec flou, de ces notions :

Dans un second temps, il m’est possible d’écrire sur ces deux termes. L’archéologie cherche à dérouler le temps comme un fil continu, logique, dans lequel s’exercent de fortes causalités. Le passé explique le présent de manière implacable car le présent ne peut fuir son passé. La généalogie part d’idées radicalement différentes ! Il est question de saisir des évènements, singuliers, dans les liens qu’ils ont entre eux et ce que ces liens produisent, sachant qu’il n’y a pas de continuités dans l’histoire mais des discontinuités. C’est-à-dire que A ne mène pas nécessairement à C en passant part B. Des chemins s’ouvrent puis se ferment, d’autres sont de plus en plus pris avant de bifurquer ou de se terminer en impasse. Le passé ne nous dit rien d’univoque sur le présent ou l’avenir. Le temps qui passe est une multitude de chemins s’ouvrant, se creusant, se fermant, bifurquant, se séparant, s’entremêlant, etc. Mais je n’ai aucune assurance quant au fait de bien dire la même chose que Foucault. Je « subodore » simplement. Mais cette simple appréhension me fait travailler ma conception de l’histoire.

Qu’est-ce que comprendre ? Est-ce réaliser un schéma sans mot, bâti sur une « impression », une appréhension sensible d’un texte ? Ou bien est-ce être capable de disserter avec assurance sur la pensée de l’auteur ?

Souvent, au cours de mes lectures, deux impressions sont en lutte. Celle, prédominante, de ne pas comprendre car je ne serais pas en mesure d’affirmer « voici la pensée de l’auteur ». Celle, mineure, d’appréhender quelque chose de ce que je lis. J’appréhende des bribes, c’est-à-dire des bouts d’idées, mais j’appréhende aussi au niveau sensible : je ressens quelque chose de ce que veut dire l’auteur, j’en éprouve des éléments. La lecture me suscite des sensations, des émotions, des impressions… Aussi scientifique soit-elle !

Et au final, que j’ai l’impression de bien comprendre ou de simplement appréhender, j’arrive dans les deux cas à faire quelque chose de ce que je lis.

Une question se pose alors. Qu’est-ce que la compréhension ?

Cette question me semble importante pour le chercheur. À partir de quand s’autorise t-il à manier un concept ? Quand il le comprend ? Ou dès qu’il l’appréhende ? Peut-on reconnaître que la créativité scientifique se fait aussi dès l’appréhension sensible d’un concept ? Ou cela doit-il rester dans l’arrière-cuisine secrète du chercheur ?

Mais aussi, un chercheur doit-il chercher à être compris ? Ou peut-il se réjouir ne serait-ce que d’être appréhendé ? Est-ce gênant de ne pas être bien compris ? Au fond, qu’est-ce qui compte ? Mettre au travail ou être récité avec exactitude ?

C’est une question aussi importante pour l’enseignant. Est-il important d’être compris ? Ou le simple fait d’être appréhendé et donc de permettre une mise en réflexion est-il déjà intéressant pour la formation ?

Autorise t-on les étudiants à simplement appréhender ? Ou sont-ils sommés de comprendre ?

À partir de cette simple question, autour de l’activité banale de lecture, semblent pouvoir se déplier un ensemble de problématisations ayant à voir avec la manière dont nous évaluons notre rapport au savoir ainsi que celui des autres. Que le lecteur me comprenne bien, je ne nie pas l’intérêt de la « compréhension », mais je cherche à rendre visible le fait que se saisir d’un auteur n’est pas seulement être en mesure de le réciter et de dire comme lui. Et je cherche à ouvrir la question de la manière dont sont valorisées les différentes manière de « comprendre ».

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