Mettre en résonance (Mise en scène)

Une des activités du chercheur — et qui dispose selon moi d’un grand pouvoir heuristique — réside dans la mise en résonance entre divers éléments, univers, faits, évènements, qui ne sont pas habituellement mis côte à côte. Ce travail de mise en lien permet d’utiliser de nouveaux éléments de description et de mise en mots pour le phénomène que l’on étudie. Il permet de décaler un fait de son univers linguistique habituel vers de nouveaux terrains grammaticaux lui redonnant alors de nouvelles couleurs, de nouveaux contrastes.

Si j’écris, par exemple, que le dispositif de formation a une dimension fonctionnelle, stratégique et normalisatrice, je ne fais que reprendre les mots habituels avec lesquels ce concept est défini. Que se passe t-il si je mets en lien les dispositifs de formation — espaces spécialement conçus pour le fait de se former — avec l’idée d’une formation tout au large de la vie, c’est-à-dire dans des espaces qui ne sont pas conçus pour ? Je peux alors poser l’idée de formations cadrées, régulées, conçues à l’avance qui divergent de formations sauvages. Ce dernier terme m’oriente vers la fermentation alcoolique. Avant, bières et hydromels étaient fermentés à partir des levures naturellement contenues dans l’air. Les hommes n’avaient alors que très peu de contrôle sur le goût et la qualité de leurs mixtures. Maintenant, le producteur sélectionne des levures précises pour leur résistance à l’alcool, à la température et leurs qualités gustatives. Et il veille à ce qu’aucune levure sauvage ne pénètre dans les cuves de fermentation. Cette association d’idées m’amène à une autre : les laboratoires. Latour montre que les laboratoires permettent un milieu artificiel où un phénomène, ou une molécule, sera étudié-e sans les parasites que le scientifique rencontrerait dans le monde extérieur. Il y a t-il quelque chose de commun entre les laboratoires et les formations ? Cette comparaison entre deux univers régulés, construits à part, bâtis spécialement pour quelque chose, peut elle m’amener quelque part ?

Toujours est-il que ces mises en résonance entre formation-formation sauvage-levures sauvage/de culture-laboratoire me mettent au travail ! Pour le chercheur, il me semble qu’il y a une dynamique fortement heuristique dans cette capacité à raisonner par analogie, à mettre en lien des choses dans des parallèles improbables. Cela redonne de la force aux mots, fait sortir de nouveaux traits, donne de nouvelles couleurs aux faits. Il y a quelque chose de scandaleux dans le fait de comparer les formations sociales aux laboratoires ! Mais ce scandale, en confrontant deux univers, peut produire de nouvelles idées !

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