Quand le social devient une chose

Lorsque Burrawoy présente sa méthodologie du cas étendu[1], il précise que ce qu’observe le chercheur sont des interactions et que la société est une multitude d’interactions. Comme le sociologue n’a pas la capacité d’être partout, tout le temps, en même temps, il ne peut étudier toutes ces interactions. Ainsi, il parle d’interactions pour ce qu’il peut observer et de forces pour désigner le reste des phénomènes produits par des interactions qu’il ne peut observer.

Ce constat nous souffle l’idée que pour les sociologues, les impossibilités pratique ou épistémologique, due au cadre théorique, de voir les interactions constitutives d’un phénomène le pousse à parler de choses sociales qui agiraient sur les individus, les situations observées, … Les interactions invisibles se trouvent être réifiées en choses sociales.

Ces résumés de processus rejoignent alors le répertoire des concepts de la sociologie et donc des choses sociales. Puis réutilisés, ils permettent aux sociologues de faire l’économie d’un travail de description. Ils forment des boîtes noires que la sociologie de l’acteur-réseau nous invite à ouvrir pour les détailler[2].

NOTES:
1-Burawoy M., « Revisiter les terrains. Esquisse d’une théorie de l’ethnographie réflexive », in L’engagement ethnographique, Cefaï D.(dir.), Editions de l’EHESS, Paris, 2010, p. 295-351. Retour
2-Pour creuser cette idée, un chapitre très intéressant : Callon M., Latour B., « Le grand Léviathan s’apprivoise t-il ? », in Akrich M., Callon M., Latour B., Sociologie de la traduction, Presses des Mines, Paris, 2006, p. 11-32. Retour

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